La méthode CVT (Complete Vocal Tecnique) : une véritable révolution en technique vocale
J’entends souvent dire que pour bien chanter, il faut posséder un don dès la naissance ou qu’il faut prendre des cours de chant durant des années. Oui, mais malgré les années de cours de chant, certains chanteurs et chanteuses stagnent et ne connaissent pas toutes les facettes de leur voix. La peur des aigus ainsi que le manque de puissance restent des objectifs souvent non atteints, voire non atteignables. On explique à ces personnes que leur physiologie ne leur permet pas de travailler la voix davantage car la limite est déjà bien franchie. On leur diagnostique même des troubles vocaux au lieu de les orienter vers un spécialiste.
Je m’intéresse à la voix depuis mon adolescence. J’ai pris des cours de chant qui m’ont bien aidée et me suis formée à la pédagogie vocale et aux différentes méthodes connues sur le marché comme le modèle Estill.
Oui, mais mes interrogations de chanteuse étaient nombreuses. Quant à mon enseignement, j’avais peur qu’il devienne répétitif et triste au fil des années.
Alors, je me suis tournée vers des méthodes innovantes récemment arrivées en France et j’ai découvert la Complete Vocal Technique.
En réalité, je la connaissais depuis 2016 mais je l’ai redécouverte il y a 4 ans grâce à une collègue et amie.
Ici, en France, l’inconnu en technique vocale fait peur mais moi, la guerrière, j’ai donc cherché à en savoir davantage sur cette technique innovante dont je n’avais qu’un aperçu.
Mais qu’est-ce que la CVT ?
Avant de vous la décrire en détail, permettez-moi de vous partager mon expérience.
Lors de mon adolescence, j’étais perçue comme une chanteuse peu sûre d’elle, si bien qu’on me suggérait d’être choriste car ma voix ne sortait pas. Alors, soucieuse de me faire entendre, je la forçais, même pour parler. Pour la passionnée de la voix que j’étais, c’était un véritable cauchemar.
J’ai pris des cours de chant qui m’ont apporté beaucoup d’outils, je me suis formée à la pédagogie vocale mais, malgré mon progrès déjà remarquable, je me sentais limitée. Lorsque j’ai commencé à enseigner en 2015, j’ai bien senti que je n’étais pas tout à fait alignée avec certaines notions que je transmettais à mes élèves, jusqu’à ce que je m’intéresse de près à la Complete Vocal Technique et que j’atterrisse au Complete Vocal Institute à Copenhague pour m’y former et devenir CVT Authorized Teacher.
Cette méthode m’a permis d’aller plus loin avec ma voix, d’en comprendre le fonctionnement et de trouver le placement approprié à mon confort et au style que je souhaitais interpréter, voire au son que je voulais produire. D’un coup, tout est devenu plus facile et j’ai cessé de pousser et de réfléchir. J’ai compris qu’il fallait juste rester confortable, former les sons en respectant les règles de la méthode, tout simplement ! Depuis, je me sens plus confiante comme chanteuse et plus rapide dans mon enseignement. Les élèves sont ravis car en une seule séance, ils constatent déjà des progrès significatifs.
Description de la méthode CVT
C’est une méthode qui a été créée par la chanteuse et pédagogue danoise Cathrine Sadolin qui interprète aussi bien du lyrique que du métal.
Tout le monde peut apprendre à chanter et interpréter une chanson de son choix en confort, à condition de pouvoir combiner ou de sélectionner les éléments des quatre volets ci-dessous pour détecter ses difficultés vocales, obtenir le son recherché et améliorer sa technique :
- Les trois principes fondamentaux pour préserver sa santé vocale
- Les quatre modes vocaux pour choisir son style musical
- Les couleurs du son pour un son plus sombre, plus clair ou plus brillant
- Les effets vocaux pour affiner son style ou pour ajouter sa touche supplémentaire personnel.
Les trois principes fondamentaux
Il est primordial de perfectionner ces trois principes fondamentaux car ce sont les bases du chant. Ils doivent être respectés quel que soit le mode ou les effets utilisés. En effet, ce sont eux qui permettent d’éviter la fatigue vocale, d’explorer sa tessiture sainement, de faire de longs phrasés et de produire des sons clairs et puissants.
Le soutien
Ce principe consiste à lutter contre la tendance du diaphragme à relâcher l’air en créant une résistance contre ce mouvement. Les muscles de la taille et du plexus solaire poussent vers l’extérieur alors que ceux du nombril se resserrent graduellement. Pendant ce temps, les muscles du dos se contractent également. Les lombaires cherchent à faire basculer le bassin vers l’arrière alors que les abdominaux travaillent en opposition. C’est ce travail qui constitue une part importante du soutien. Ce mouvement doit être ferme et continu. On a donc l’impression de lutter contre une résistance pendant la durée du son. Si le mouvement n’est pas progressif et qu’il se verrouille, c’est qu’on a atteint le maximum. Il faut donc apprendre à canaliser son degré d’énergie. Pour se faire, il est important de garder son soutien pour les notes difficiles et de laisser son corps œuvrer naturellement sur les notes confortables. Plus on s’économise, plus le soutien est optimal.
Le pincement ou Twang nécessaire
La partie située au-dessus des cordes vocales a la forme d’un entonnoir ou d’un cornet. Lorsqu’on pince cet « entonnoir sous-épiglottique », on réduit son ouverture, ce qui rapproche les cartilages aryténoïdes de la partie inférieure de l’épiglotte. Ce procédé donne un son plus pincé et moins voilé qu’on appliquera sur tous les sons, quel que soit le mode ou les effets utilisés car il rend la voix plus libre et plus saine. Ce pincement survient la plupart du temps mais n’est pas toujours perceptible à l’oreille.
Absence de crispations au niveau de la mâchoire et des lèvres
De manière générale, les crispations quelles qu’elles soient, entravent le geste vocal. Cette méthode insiste bien sur l’importance de garder la mâchoire bien verticale en veillant à ce que la mâchoire inférieure soit légèrement orientée vers l’intérieure par rapport à la mâchoire supérieure. C’est ce que l’on observe si on colle les dents et qu’on ouvre tout doucement en préservant la même position. De même qu’on peut mettre la tête en arrière, laisser tomber la mâchoire et revenir en la maintenant ouverte. Cette position implique que l’on forme les voyelles avec les mouvements de la langue et une sollicitation minimale de la bouche ainsi qu’une articulation très souple des consonnes afin d’éviter les tensions inutiles.
Les quatre modes vocaux
En plus du soutien et du Twang, il est important de choisir le bon mode vocal selon le son choisi. Les problèmes vocaux apparaissent lorsque les limites de ces modes ne sont pas respectées ou qu’ils ne sont pas en accord avec les trois principes fondamentaux énoncés ci-dessus. Ces quatre modes, nommés respectivement Neutral, Curbing, Overdrive et Edge, ont chacun leur propre caractère sonore, leurs avantages et leurs limites. C’est la raison pour laquelle il est primordial de bien les connaître, de les maîtriser et de respecter leurs limites pour éviter les erreurs et pour chanter en confort. Bien entendu, il est possible de travailler les transitions entre différents modes mais ceux-ci doivent être pratiqués individuellement au préalable.
Le neutral
Ce mode est défini par son caractère doux. Pour vous le représenter, vous pouvez imaginer une petite berceuse. Il est possible d’y ajouter un tout petit peu d’air pour voiler légèrement le son. C’est la raison pour laquelle il est dit « non métallique ».
Le Curbing
Ce mode est défini par son caractère retenu, très utilisé de nos jours. Il est l’unique son « mi-métallique » et donne l’impression d’une plainte ou d’un gémissement lorsqu’on l’entend.
L’Overdrive
Ce mode est défini par son caractère crié. Le son est très fort, comme lorsqu’on interpelle quelqu’un dans la rue en criant « hé ho ! ». Il est dit « tout métallique ». On l’utilise pour parler ou chanter avec du volume dans la partie grave ou médium de la voix.
L’Edge
Ce mode est défini par son caractère clair, agressif, criard et tranchant. Il est le second mode « tout métallique ». On l’obtient en exagérant le pincement décrit ci-dessus, ce qui va donner un son de canard. La description peut paraître étrange, mais on l’entend très souvent même si on n’ose pas le pratiquer. On l’utilise dans la partie aiguë de la voix lorsqu’un son fort et métallique est recherché comme en « gospel » ou en « heavy rock ». En classique, il est utilisé par les hommes dans la partie aiguë de la voix chez les ténor. Dans la vie de tous les jours, on y recourt pour crier très fort dans les aigus. On le place grâce aux voyelles spécifiques comme le /a/ de Plage ou le /e/ de Œuf.
les couleurs du son
A ces modes, on peut ajouter une couleur plus sombre ou plus claire en jouant sur la forme de la bouche, la taille du conduit vocal, la hauteur du voile du palais, la position et la forme de la langue, la position du larynx et l’ouverture/fermeture des fausses nasales.
les effets vocaux
Les effets ne sont pas liés à la mélodie mais à l’expression et au style du chanteur ou de la chanteuse. Beaucoup sont produits à l’intérieur du conduit vocal. Dans la mesure où chaque chanteur est différent, le moyen de les obtenir doit être adaptés à l’anatomie, à la physiologie, au niveau d’énergie, à la forme physique et au tempérament du chanteur. Mais avant de les travailler, il est impératif de maîtriser les principes fondamentaux, les modes et les couleurs du son.
On peut d’abord nommer les effets concernant la voix saturée tels que :
- la distorsion
- Le creeky
- Le rattle
- Le growl
- Le grunt
- Le scream
Ensuite, on peut évoquer d’autres effets qu’on utilise sans la saturation :
- Cassure vocale intentionnelle
- Son voilé
- Vibrato
- Ornementations
Comme vous l’aurez compris, c’est une technique extrêmement précise et carrée sur la voix car chaque son porte un nom et un placement spécifique. Avoir des règles permet de lever le mystère et de trouver un placement sans même avoir à le chercher.
Alors, lorsque j’ai compris qu’essayer de mettre du volume sur certaines voyelles, à certaines hauteurs avec certains placements ajoutait des tensions car, anatomiquement, c’était impossible, je me suis déjà bien calmée en tant que chanteuse et mes élèves sont rassurés et ravis d’avoir des outils déjà tout prêts. Cet article décrit globalement la méthode mais ne contient pas tous les détails. Il est préférable de l’apprendre et de l’approfondir avec un prof de chant/coach vocal formée à la méthode CVT.
Pour en savoir plus ou écouter des exemples sonores :